Maiva : l’interview d’une championne du monde !


Retrouvez l’interview complète de Maïva HAMADOUCHE, championne du monde IBF de boxe anglaise et adhérente IPA. Remerciements à Jean-Daniel PERES pour ses photos.

FAROUCHE HAMADOUCHE !

Après sa victoire contre Jennifer Salinas, Maïva se dévoile pour IPA magazine et nous raconte ses deux passions : la boxe et la police. Deux passions guidées par le travail et le respect.

Ce titre mondial, c’est un aboutissement ou un commencement ? Que ressent-on quand on a la ceinture autour de la taille ?

Avec ce titre de Championne du Monde, j’ai vraiment eu un sentiment de plénitude : j’étais championne de France, d’Europe et du Monde. La boucle est bouclée. Cet objectif était celui que je m’étais fixé en commençant ma carrière professionnelle dans la boxe anglaise fin 2013.

Cependant, j’adore le challenge. Pour marquer l’histoire de la boxe comme je le souhaite, il faudrait bien sûr confirmer en remettant la ceinture en jeu, mais aussi devenir championne du monde dans les trois autres fédérations (cf. encart « la boxe féminine pour les nuls »).

Et pourquoi pas dans deux catégories de poids différentes, en même temps ! Ce serait historique.

Championne du monde, ça change quoi ?

Avec ce titre, j’ai le sentiment d’avoir changé de statut. Les gens, qu’ils soient dans la boxe ou pas, me voient différemment.

Même ceux qui ne m’apprécient pas ou qui ont toujours eu des doutes sur mes qualités et mes capacités, sont obligés d’admettre que je suis une vraie championne.

C’est une nouvelle carte de visite pour moi. On me prend beaucoup plus au sérieux avec ce titre.

Je suis plus sollicitée par les médias aussi. On est adulé. Tout cela est très agréable et on a vite tendance à s’y habituer, mais il faut se méfier aussi.

Le statut de championne, je le découvre, avec tous ses bons et mauvais côtés. Il faut rester extrêmement lucide ; ceux qui n’ont pas cette lucidité ne restent pas champions longtemps.

La boxe est un sport exceptionnellement dur. La chute peut être rapide et rude.

A la salle de boxe aussi, on me respectait déjà pour mon travail et mes premiers résultats, mais c’est encore plus marqué aujourd’hui. Je suis devenue une figure du club.

Les sparrings [ndlr : sparring-partners, partenaires d’entraînement] sont flattés, honorés pour certains, de mettre les gants avec moi. Mais c’est un défi pour eux aussi ; les séances de sparring n’en sont que plus difficiles [ndlr : les sparrings de Maïva sont tous des hommes de 65 à 85 kg]. Ils se testent et évaluent leur niveau par rapport à moi. Je suis la personne à abattre aussi, autant en combat que dans la salle. Quand je touche, pour certains, c’est leur orgueil de « mec » que je touche. Il faut faire très attention. Il m’arrive d’avoir des mises de gants plus dangereuses que sur le ring.

Jennifer Salinas a-t-elle été l’adversaire que tu attendais ? La veille, à la pesée, la confrontation a été plus qu’électrique, qu’as-tu pensé à ce moment-là ?

Le combat contre Jennifer Salinas a tenu toutes ses promesses !

Oui la pesée a été sous haute tension. L’épreuve de force a commencé à ce moment-là. Elle s’est approchée de moi, tellement… que cela m’obligeait presque à reculer. J’ai préféré la repousser légèrement plutôt que de reculer. C’était électrique. Cela a montré que nous étions prêtes à en découdre, que ce n’était pas du cinéma… nous étions prêtes. Nous sommes des boxeuses de haut niveau. Nous savons que nous sommes là pour nous battre sur un ring ; il n’y a pas d’ambiguïté. On démarre au quart de tour dans ces moments-là.

Salinas a refusé de me saluer avant le combat, de me toucher les gants ; ce fut une nouvelle provocation. Je l’ai trouvée très nerveuse. Après il faut l’assumer sur le ring et elle l’a fait en me tenant tête. C’est pour cela que je la respecte. Elle me respecte aussi. Elle ne savait peut être pas à qui elle avait à faire. Maintenant elle sait.

 

S’est-elle exprimée après le combat et dans les jours qui ont suivi ?

Elle m’a demandée en amie sur Facebook et j’ai accepté. Je n’envoie aucune invitation. Par égard, je ne mets pas de photos où elle prend un coup net, elle non plus. C’est bien. La guerre est finie. L’accolade à la fin du combat l’a prouvée.

Quel a été ton sentiment sur le combat ?

Le combat fut violent, intense dans tous les instants avec beaucoup de suspens.

Qualifié de meilleur combat de la soirée par tous les connaisseurs présents dans la salle, y compris par Malamine Koné [ndlr : le promoteur de ses combats]. Il était très dubitatif quant à la boxe féminine.

Ce fut un vrai combat, de niveau mondial. J’affronte les meilleures du monde. Je m’attendais à un combat très dur, comme avec Persoon. Mais des combats comme ceux-là, il ne faut pas en faire trop…

Je n’ai jamais ressenti de la crainte, mais je savais qu’à tout moment le combat pouvait basculer. Elle était dangereuse du début à la fin.

Il ne fallait pas lâcher un centimètre de terrain sur le ring ; ce fut une épreuve de force du 1er au 10eme round. Rester forte physiquement, mais aussi et surtout mentalement. Rester lucide pour écouter les consignes et tenter de les appliquer, ne pas se déconcentrer et ne rien montrer en cas de difficulté.

A aucun moment, je n’ai su si j’avais de l’avance. On [ndlr : Sot Mezaache, son coach] s’est refusé de me le dire. Ce fut une bonne stratégie.

Un championnat du monde, on ne relâche jamais, jusqu’à la fin. Il faut se préparer mentalement à ce genre de situation. On sait que ça va être dur.

Est-ce que tu dis tout dans une interview ?

Cela dépend du journaliste et du thème abordé. J’évite en général les questions sur ma vie privée, sans rapport avec mon sport ou mon métier. Il faut essayer de ne pas toujours dire la même chose aussi.

Je veux avant tout rester moi-même, spontanée. J’ai de l’audace parfois ; je dis les choses comme je les pense, quitte à paraître présomptueuse. Dire que je vais être la relève de la boxe professionnelle en France, par exemple [rires]… Il faut gérer tout ça. Revendiquer son ambition c’est bien, mais je sais que je prends un risque. Car il faut ensuite tenir ses engagements. C’est le plus dur.

Ensuite, sur les stratégies de combats ou sur les difficultés rencontrées, les choses à améliorer, j’essaie le plus possible d’éviter d’en parler. Ce n’est pas toujours évident car il y a des journalistes qui connaissent la boxe. J’essaie de contourner, de répondre un peu à côté. Mes futures adversaires épluchent mes déclarations. On ne peut pas tout dire. Il y a toujours des choses à rectifier, des réglages à faire. Je n’ai pas encore atteint mon meilleur niveau.

En boxe on travaille en équipe aussi. L’entraîneur avec qui je travaille tous les jours voit parfaitement, comme moi, les choses qu’il faut travailler. Ça je n’en parle pas.

Le but est de réunifier les titres. Je vais tout faire pour y arriver, on verra bien. Ça, j’en parle.

Ta carrière professionnelle est récente et pourtant fulgurante. Tu as fait en trois ans ce que des boxeurs font en une carrière. Comment l’expliques-tu ?

Je l’explique de plusieurs façons. Tout d’abord, je suis une acharnée de travail. Je me suis fixée cet objectif, d’être championne du monde, et rien ne passait devant cela. Dimanche, Noël, 1er de l’an…à 4h30 du matin, à 22h…c’était « no limit » ! Comme si le temps s’était arrêté. Je ne compte plus les sacrifices, le temps passé à travailler, les blessures. Et ça a payé…heureusement.

Après il y a mon entraîneur, Sot Mezaache, quelqu’un que j’admire, aussi déterminé que moi ! J’ai rarement vu ça ! On devait travailler ensemble…

Nous avons perdu du temps en équipe de France amateur car il ne pouvait pas trop s’occuper de moi. En équipe de France, on est souvent en stage ou à l’étranger. Et on est pris en compte par les entraîneurs fédéraux qui prennent le pas sur notre entraîneur habituel.

J’y avais pourtant largement ma place, en boxe amateur. 4 fois vice-championne de France [ndlr : parfois, pour des raisons incompréhensibles, là où elle méritait la ceinture], mais tout le temps sur les sorties internationales et les grosses échéances (Europe, monde..).

Mon caractère ne plaisait pas forcément. Ils [ndlr : la Fédération] préféraient se débarrasser d’un très bon élément plutôt que de faire front, expliquer ou modifier des choses et leur façon de travailler, s’adapter au boxeur.

Ils savent se servir des athlètes quand ça les arrange ; ils auraient été capables de m’user à l’entraînement pour en pousser d’autres vers le haut.

Ils ne croyaient pas en moi au plus haut niveau et ne me croyaient pas quand je leur parlais de mes ambitions.

Toutes ces erreurs, Sot Mezaache ne les a pas faites ; c’est un très très bon entraîneur.

En boxe pro, j’ai beaucoup de liberté. Concernant mes entrainements, je me prépare physiquement seule, c’est une grosse responsabilité. Mais je trouve ça très positif ; c’est une relation de confiance entraîneur-boxeur.

J’apprends de mes erreurs ; je ne peux m’en prendre qu’à moi-même, et je me promets de ne plus les reproduire. J’avance.

Je trouve ça génial d’être professionnelle. Je prends plaisir à m’entraîner. Je resterai avec la même équipe et le même entraîneur jusqu’à la fin de ma carrière.

C’est quoi un combat difficile ?

Un combat difficile, c’est quand on se surpasse physiquement et mentalement. Qu’on s’abîme aussi.

On peut mettre du temps à se remettre d’un combat. Parfois des mois. Persoon n’a reboxé que six mois plus tard alors qu’elle avait prévu de boxer le mois d’après.

Le combat dur se fait face à des adversaires de haut niveau ; il faut être deux pour faire un gros combat. On apprend de ces combats là, mais on ressent un soulagement aussi quand il se finit…sans parler du lendemain matin… Très difficile !!! [Sourires]

Pour l’instant, même si j’ai fait des combats durs dans ma carrière, je peux m’estimer heureuse ; je ne suis pas marquée physiquement ; je me suis épargnée les grosses blessures.

Il faut essayer de se protéger même si ce n’est pas évident dans ce sport. Il faut être mentalement et physiquement prêt pour ces combats durs, sinon on ne tient pas.

C’est pour cela que c’est un sport très exigeant ; il faut être très sérieux dans les préparations. On ne joue pas avec la boxe.

Pourquoi avoir choisi de passer pro ? C’est plus difficile que de boxer en amateur ?

Quand j’ai commencé en amateur, j’avais déjà du mal, pas du fait du sport en lui-même, mais du fait des règlements. Le casque, les quatre rounds, le système de pointage… Le casque me gênait ; je venais d’une discipline où je ne l’avais pas [ndlr : boxe française Elite, K1 et full-contact] ; j’avais l’impression d’être revenue en arrière !

Quatre rounds, en boxe anglaise, ça allait trop vite pour moi ; j’avais un très bon physique mais je ne pouvais pas l’exploiter comme je le souhaitais. On privilégiait la vitesse d’exécution à la qualité ; je n’arrivais pas à poser ma boxe, à trouver mes repères… L’entraîneur national me disait « Vite! Vite! Étouffe-la physiquement ! » Mais je n’avais pas le temps de poser ma boxe, de réfléchir, de mettre une stratégie en place, c’était frustrant.

Comme j’avais un gros physique, beaucoup disaient que je n’avais pas beaucoup de technique mais c’était faux ! Les entraîneurs nationaux savaient que j’avais un gros physique et en profitaient.

Je rêvais d’une carrière professionnelle comme les grands boxeurs aux Etats-Unis.

Mon surnom vient de là d’ailleurs. Quelqu’un avait dit « Hamadouche, c’est un poison sur le ring ! ». C’est devenu «El Veneno » plutôt que « le poison », en référence aux grands boxeurs mexicains.

Le seul problème lorsque je suis passée professionnelle, c’est le temps qui me manquait. Plus de statut d’athlète de haut niveau, plus de tiers temps. Je le savais. Mais je voulais retrouver ma liberté. La boxe amateur a failli me dégoûter de la boxe. Régime trop strict, le dogme, les journées monotones (boxe, chambre, boxe, chambre…), la vie en groupe. Je n’étais pas heureuse et j’ai tout plaqué.

Je suis revenue en service actif… à Asnières… Debout à 4h pour m’entraîner avant de commencer la vacation à 6h30, puis entraînement l’après-midi. Quand j’en parlais à mes supérieurs, ils ne me prenaient pas vraiment au sérieux…les collègues de la nuit souriaient quand ils me voyaient arriver si tôt pour m’entraîner… « Va dormir! » me disaient-ils.

Mais moi, j’y ai toujours cru, mon entraîneur aussi. On a continué comme cela. Je savais que j’allais y arriver. Le point positif de ne plus être détachée, c’est que je pouvais changer de service… j’ai passé les tests pour intégrer une CSI [ndlr : Compagnie de Sécurisation et d’Intervention].

Lors des tests, j’ai fait la rencontre du Commandant Riss. Alors que j’avais postulé pour la CSI 92, le Commandant m’a proposé d’intégrer la CSI 75.

J’étais tellement sûre de moi que, même si je n’avais plus de détachement, je savais qu’un jour ou l’autre j’allais réussir et atteindre mes objectifs. Cela demande forcement une entente avec le service ; il fallait qu’ils soient au courant de mon parcours, de mon niveau. Ce n’était pas pour me mettre en avant. Je pensais au futur…

Le Commandant de la CSI 92 m’a demandé de choisir entre les deux. Je ne pouvais pas trancher.

Le Commandant de la CSI 75 m’a invité à passer l’oral le lendemain. Ça s’est relativement bien passé ; je pense que cela n’a pas été facile…beaucoup ne veulent pas d’un sportif de haut niveau. On ne sait pas trop ce qu’il vaut sur le terrain et malheureusement beaucoup de sportifs exigent des avantages avant même d’avoir des résultats. Un sportif de haut niveau, ça fait peur.

Mais je n’ai rien dit et j’ai voulu montrer que je savais aussi travailler et être une bonne collègue sur le terrain digne de confiance à 100%. Parce que je suis passionnée par mon travail aussi. J’ai voulu créer une relation de confiance, comme dans la boxe. J’ai laissé dire et j’ai laissé les collègues se faire leur propre idée avec le temps.

J’ai dit au Commandant Riss que je ne le décevrai pas. J’avais conscience qu’il était confronté à des réticences me concernant, son entourage n’était pas aussi enthousiaste que lui.

C’est difficile de concilier boxeur pro et policier ?…

Concilier les deux nécessite d’avoir une hygiène de vie et une discipline irréprochables. C’est très exigeant.
En temps normal, la matinée  est consacrée à l’entraînement, 9h-12h, l’après-midi au travail, 14h20-22h30 (s’il n’y a pas de rabiot !). Je rentre ; il ne faut pas se coucher trop tard pour le lendemain.
Pendant mes repos, entraînement le matin 10h-12h environ et l’après-midi 17h-19h environ.
Entre-temps, il faut s’occuper des tâches quotidiennes. Il faut s’organiser, être sérieux, se reposer aussi. Les sorties tardives sont proscrites. Il y a aussi les interviews, les plateaux télé, les galas de boxe sur lesquels il faut être présent, les différentes soirées. Mon emploi du temps est très planifié.
Heureusement que la CSI 75 m’aide. Si je n’avais pas ce soutien, je serais sûrement obligée de prendre un congé sabbatique.

Est-ce difficile d’être une femme dans des métiers qui, bien que s’ouvrant aux femmes, restent encore des milieux d’homme ?

C’est un métier parfois rude pour les femmes, à l’intérieur de la police, mais aussi, et surtout, à l’extérieur. Surtout pour des femmes comme moi qui vont de l’avant, qui sont sur le terrain, souvent confrontées à une population hostile à la police et encore plus aux femmes. Avec mon caractère, je n’ai pas trop l’habitude de déléguer à mes collègues ; je fais ce que j’ai à faire.

Lorsque j’ai une altercation verbale avec un individu hostile à ma présence et à mon travail dehors, les collègues me laissent gérer ; ils ne s’interposent pas, comme on pourrait le croire, malgré l’instinct protecteur qu’ils ont, La plupart du temps, les collègues masculins veulent protéger la collègue féminine.
Ils ne le font pas vraiment avec moi, pas plus qu’entre eux. Ils me font pleinement confiance. C’est une forme de reconnaissance aussi. Ils ne s’interposent pas dans la discussion.
Mes collègues, un peu réticents au début, le sont beaucoup moins aujourd’hui, malgré les difficultés pour gérer mon emploi du temps.

Dehors, c’est un rapport de force quotidien, parfois pénible ; il faut faire preuve de sang-froid et gérer avec la fatigue de l’entraînement et de la double vie. Notamment, lorsque la situation est tendue, la crainte de se blesser est omniprésente ; je suis sur un fil… tout peut aller très vite et j’avoue que c’est ma plus grande crainte aujourd’hui. Tout peut s’arrêter à cause d’une blessure.

Nous savons parfaitement que dans notre métier, nous sommes exposés et l’inévitable peut se produire.
J’essaie de faire mon travail le mieux possible tout en me préservant le plus possible.

 

Est-ce qu’il y a une place pour la vie personnelle?

Bien sûr qu’il y a une place, même si le ring et la police occupent beaucoup d’espace… Il faut en tenir compte. Je dois savoir garder des moments pour mon entourage. Mais je m’épanouis dans ce que je fais et ce mode de vie me convient.

On te reconnait dans la rue ?

De plus en plus souvent. Dans la rue, en patrouille, et le plus étonnant, au travail aussi.

Les collègues de la compagnie m’ont dit un jour :  » Maïva, un gars nous a reconnus alors qu’on était en patrouille en voiture, arrêtés à un feu rouge, vitre ouverte. L’individu nous a dit:  » ah vous passerez le bonjour à Maïva!. Vous avez le même écusson ! Elle est dans votre service ! »

Une autre fois, c’était après le combat contre Salinas ; je m’apprêtais à prendre l’avion. Le vol était annulé, je devais changer les dates, partir le lendemain, dormir sur place, bref, une petite galère avant de partir me reposer. La bonne surprise qui m’a fait oublier ces tracas, ça a été les collègues de la police aux frontières, dans leur guérite, qui m’ont reconnue. On a discuté, c’était sympa.

Quel est le regard des autres dans le milieu de la boxe ? Dans le milieu de la police ?

Je suis la seule championne du monde pro en France, hommes et femmes confondus ; en plus, je suis policière, ça suscite la curiosité. Les medias, le public, les boxeurs : personne n’y est indifférent. Si j’étais nulle, cela aurait suscité de la moquerie. La boxe, c’est un milieu en général hostile à la police. La plupart des boxeurs qui ont des résultats font du coaching ou travaillent en mairie. Le boxeur, le promoteur, le public est très macho, beaucoup plus que la police. Je suis en dehors des schémas, fonctionnaire de police, une femme, mais respectée dans le milieu de la boxe. Je n’ai pas eu une seule remarque vexante ; aucun gitan, aucun voyou ne m’a sifflée lorsque j’étais sur le ring.
Cela me fait sourire quand parfois en service un individu hostile me dit:  » je ne parle pas avec vous, je ne parle pas aux femmes, je parle avec votre collègue! ». Ah ben, c’est mal me connaître ! Je ne m’impose pas dans des salles de boxe pour me faire marcher sur les pieds par un mec dans la rue ! J’impose le respect parce que j’ai une boxe plaisante, agressive, physique. Une boxe qui plaît même aux hommes machos.
Les boxeurs français de niveau international qui ont mis les gants avec moi savent ce que je suis.
Et je n’ai rien à leur envier.

Je ne laisserai jamais quelqu’un se montrer outrageant avec moi, même hors service. On me reconnaît dans la rue, on sait que je suis flic. Tant qu’on est correct avec moi, tout va bien, et pour l’instant c’est le cas. D’ailleurs, il y a des personnes qui sont contre la police qui m’apprécient. Je reçois des messages sur Facebook : « Grâce à toi Maïva, je vois la police différemment, tu es un policier que je respecte. »

La notoriété ce n’est pas un problème pour un policier aujourd’hui dans le contexte que l’on connait ?

Cela impose un maximum de vigilance de ma part. Je ne suis pas invincible, mais je n’ai pas peur. Je suis devenue une cible de choix, je le sais.
Pour l’instant, ça ne me dérange pas, je suis vigilante.
Le jour où ça pourrait devenir critique, je mettrai peut être un peu moins la police en avant, je m’organiserai différemment.
Ce que je fais, beaucoup de collègues ne le feraient pas. Je le fais avec plaisir, on verra par la suite.

Tu t’accordes des pauses ? Que fais-tu pour recharger tes batteries ?

Le sport fait partie intégrante de ma vie. Je le fais par plaisir. J’ai encore du mal à prendre du repos. J’ai fait des progrès mais ce n’est pas encore ça.

Physiquement il faut être au top et on ne peut pas l’être toute l’année. J’écoute aussi ce que mon entraîneur me dit. Le repos fait partie de l’entrainement.
En général, je m’accorde un voyage après chaque grosse échéance. Il faut partir pour changer d’air, faire une vraie coupure, voir autre chose que la salle de boxe ou le commissariat.

Quels sont tes projets ?

J’évite de faire des projets sur le long terme, je procède étape par étape. Je suis assez curieuse, je veux faire plein de choses, j’ai plein de projets. Mais j’ai conscience que je ne peux pas tout faire à la fois.

Pour la boxe, comme je l’ai dit, obtenir d’autres titres… Pourquoi ne pas aussi travailler au club en tant qu’entraîneur. Pourquoi pas parrainer une opération à Haïti [ndlr : Maïva y a des attaches]. Il y a fort à faire. Je pense pouvoir faire quelque chose à Haïti. J’y ai déjà donné des cours dans les quartiers pauvres, apporté du matériel de boxe avec l’aide d’une ancienne boxeuse [ndlr : Myriam Chomaz ].
J’ai de plus en plus de contacts là-bas. Une femme championne de boxe, la plupart ne connaissent pas.
Pour la police… tout d’abord, donner la meilleure image possible de la Police. Ensuite me consacrer au métier, intégrer peut-être un service spécialisé. Ça demande du travail, il faudra que je m’y penche un jour ou progresser dans la hiérarchie. Je ne sais pas encore, je suis jeune. Je suis quelqu’un de très optimiste. Je ne me fixe pas de limite dans ce que je fais, à partir du moment où je me donne tous les moyens d’y arriver.

Je n’ai pas peur de l’échec, j’apprends forcément.

Pourquoi as-tu adhéré à l’IPA ? Persoon est fonctionnaire de police comme toi, elle travaille à plein temps, comme toi, cela crée-t-il des affinités ?

Quand on m’a proposé d’adhérer à l’IPA, j’ai accepté tout de suite. Les échanges avec les policiers du monde entier, c’est passionnant. Nous avons tant de choses à partager !
Delfine Persoon est policière aussi, mais je ne suis pas sûre qu’elle soit exposée autant que moi, tous les jours. Nous sommes rivales même si nous sommes toutes deux dans la Police. Elle reste mon adversaire première, ma cible à moi.

Dossier préparé et propos recueillis par Jean-Marc RISS, délégation 95

 

 

 

 

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