Plusieurs milliers de policiers ont manifesté mardi 15 septembre à Paris, tandis que d’autres actions étaient organisées en différents points du territoire. Rémunérations, effectifs, conditions de travail, reconnaissance des contraintes du métier : derrière les mots d’ordre syndicaux, la mobilisation remet sur la table plusieurs dossiers qui concernent directement le quotidien et les carrières des personnels de la Police nationale. Reçues place Beauvau, les organisations professionnelles attendent désormais les propositions du ministère de l’Intérieur.
Plusieurs milliers de policiers dans les rues de Paris
Des Champs-Élysées jusqu’aux abords de l’Assemblée nationale, plusieurs milliers de policiers ont défilé mardi 15 septembre à Paris à l’appel d’Alliance Police nationale. Les organisateurs ont revendiqué 10 000 participants, tandis que l’AFP, présente sur place, évoque « plusieurs milliers » de manifestants. Des policiers venus de nombreuses régions avaient fait le déplacement dans la capitale.
La journée ne s’est toutefois pas limitée à ce cortège parisien. Un1té Police FO, engagé dans des actions depuis le début du mois de septembre, avait choisi d’autres formes de mobilisation. Des opérations qualifiées de « contrôles zélés » ont notamment été organisées aux aéroports de Roissy-Charles-de-Gaulle et d’Orly ainsi qu’à la gare du Nord.
Ces initiatives interviennent après une première mobilisation commune organisée le 30 juin et plusieurs rencontres au ministère de l’Intérieur durant l’été et au début du mois de septembre.
Salaires et primes au premier rang des revendications
Le sujet des rémunérations constitue l’un des principaux points de tension.
Les organisations professionnelles réclament notamment une évolution de l’indemnité de sujétions spéciales de police (ISSP), couramment désignée comme la « prime de risque ». Selon les syndicats et les informations rapportées par plusieurs médias, celle-ci n’a pas été revalorisée depuis 2019.
Au-delà de cette indemnité, les revendications concernent plus largement les rémunérations et les carrières des différentes catégories de personnels.
La mobilisation ne porte en effet pas uniquement sur les gardiens de la paix. Les personnels administratifs, techniques et scientifiques, les enquêteurs ou encore certaines unités spécialisées sont également concernés par les discussions en cours.
Parmi les dossiers évoqués figurent notamment la situation des personnels de police technique et scientifique, certaines modalités de la prime investigation ou encore l’application de primes à plusieurs catégories de personnels exerçant sur la voie publique.
Effectifs et moyens : les conditions d’exercice également en question
Les rémunérations ne constituent cependant qu’une partie du malaise exprimé.
Dans le cortège parisien, plusieurs policiers interrogés par l’AFP ont également insisté sur les effectifs, les équipements et l’accumulation des missions. Un fonctionnaire du Maine-et-Loire résumait notamment la situation en estimant que les policiers étaient confrontés à « de plus en plus de missions et de moins en moins d’effectifs ».
Ces préoccupations renvoient à une question plus large : celle des conditions dans lesquelles les policiers peuvent aujourd’hui exercer leur cœur de métier.
La charge administrative, les contraintes horaires, l’exposition aux violences, la disponibilité demandée aux personnels ou encore les difficultés rencontrées dans certaines filières spécialisées alimentent depuis plusieurs années les discussions sur l’attractivité et la fidélisation dans la Police nationale.
Certains chantiers ont déjà donné lieu à des annonces. En février dernier, le ministère de l’Intérieur a par exemple présenté un vaste « Plan Investigation » comportant 125 mesures. Celui-ci prévoit notamment 700 personnels supplémentaires, une prime investigation de 150 euros brut par mois pour environ 31 500 agents ainsi qu’une prime de haute technicité de 125 euros brut mensuels pour environ 1 900 personnels exerçant certaines spécialités. Le ministère reconnaissait alors lui-même l’alourdissement et la complexification des procédures ainsi qu’un stock atteignant trois millions de procédures en cours de traitement.
Les mobilisations actuelles montrent que, pour une partie des personnels, les attentes dépassent toutefois ces mesures sectorielles.
Une question de reconnaissance professionnelle
Le mot « reconnaissance » est revenu à de nombreuses reprises au cours de la journée du 15 septembre.
Le terme recouvre plusieurs réalités. Il concerne naturellement la rémunération, mais également la prise en compte des contraintes propres au métier : travail de nuit et les week-ends, disponibilité, exposition au danger, mobilité, responsabilités judiciaires ou encore confrontation régulière à des situations humainement difficiles.
La question touche aussi aux perspectives de carrière et aux différences de traitement entre les différents corps et filières de la Police nationale.
C’est probablement l’un des éléments les plus importants de cette mobilisation : derrière une série de revendications techniques concernant primes, indices ou statuts apparaît une interrogation plus générale sur la manière dont les contraintes et responsabilités des différents métiers de la police doivent être reconnues.
Laurent Nuñez demande « quelques jours »
À l’issue de la manifestation, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a reçu les représentants d’Alliance dans l’après-midi, avant une rencontre avec Un1té dans la soirée.
Selon Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance, Laurent Nuñez a demandé « quelques jours » afin de travailler sur un plan et de poursuivre les arbitrages budgétaires. Le responsable syndical a estimé à la sortie de la réunion qu’une « prise de conscience » de la situation avait eu lieu. Ces appréciations sont celles de l’organisation syndicale ; le ministère n’avait pas encore, mercredi matin, rendu public un ensemble détaillé de nouvelles mesures correspondant aux demandes formulées lors de la mobilisation.
Cette distinction est importante : à ce stade, les discussions restent donc ouvertes et les arbitrages financiers ne sont pas connus.
Le calendrier budgétaire donne à ces échanges une importance particulière. Les mesures réclamées sur les rémunérations, les primes ou les effectifs nécessitent en effet des financements durables et doivent s’inscrire dans les choix budgétaires de l’État pour 2027.
Une mobilisation qui pourrait se poursuivre
Les organisations professionnelles ont déjà prévenu qu’en l’absence d’avancées, d’autres actions pourraient être organisées.
Un1té a notamment évoqué publiquement la possibilité de poursuivre ou d’élargir le mouvement dans les prochaines semaines. Interrogé sur les conséquences que pourrait avoir la mobilisation lors de futurs événements nécessitant d’importants dispositifs de sécurité, l’un de ses responsables a déclaré que son organisation « n’excluait rien ».
Il convient toutefois, là encore, de distinguer les annonces syndicales de la réalité opérationnelle : aucune remise en cause générale d’un dispositif de sécurité n’est à ce stade actée.
Les prochains jours devraient donc être déterminants. Les représentants des personnels attendent désormais de connaître le contenu du « plan » évoqué à l’issue des rencontres de mardi et, surtout, sa traduction éventuelle en mesures budgétaires.
Des arbitrages désormais attendus
Au-delà du rapport de force engagé entre les organisations professionnelles et le ministère, la mobilisation du 15 septembre met en lumière plusieurs questions structurelles pour la Police nationale : comment maintenir l’attractivité du métier ? Comment fidéliser les personnels ? Comment reconnaître les contraintes particulières liées aux missions de police ? Et comment répartir les moyens entre rémunérations, effectifs, équipements et modernisation des services ?
Ces questions ne se résumeront pas à une journée de manifestation.
Après les rassemblements du 15 septembre et les nouvelles rencontres organisées place Beauvau, la prochaine étape sera désormais celle des décisions. Pour les policiers, leur portée se mesurera moins aux déclarations qu’à leur traduction concrète sur les fiches de paie, dans les carrières, dans les effectifs et, surtout, dans les conditions quotidiennes d’exercice du métier.


